De la bienveillance à la démagogie !

La compréhension orale

Lors de cette épreuve, les candidat.es écoutent trois fois un document sonore en langue étrangère d’au maximum 1mn30, ils et elles doivent ensuite exposer en français en 10 mn l’essentiel de ce document sonore.

Sous une apparence simpliste, l’exercice peut ne pas être si facile que ça : il faut, prendre des notes à toute vitesse pendant l’écoute, savoir hiérarchiser ce qui est de l’ordre de l’accessoire de ce qui est essentiel.

Mais l’essentiel est ailleurs. On s’aperçoit à l’usage que certain.es élèves qui ont des notes insuffisantes depuis des années arrivent à avoir la note maximale tandis que d’autres, malgré des résultats corrects accumulés au fil des ans, n’ont jamais de succès dans cet exercice. Cela pose une vraie question : qu’est-ce qui est évalué ? Est-il légitime d’évaluer ce qui est de l’ordre de « l’oreille » (plutôt que du sens), ce concept flou, complexe mais bien réel et qui ne dépend pas seulement ou surtout des apprentissages de la langue évaluée (cf les écrits de Claude Hagège)

Cette première épreuve de compréhension orale se déroule en général avant les vacances de Pâques pour des raisons d’organisation pratique. Elle n’est donc pas préparée pendant l’entièreté de l’année scolaire de Terminale.

Chaque établissement voire chaque enseignant.e choisit son document sonore, il n’y a plus de sujet national. Dans la réalité, afin que tou.tes les élèves puissent réussir, la tendance est à l’adaptation du document sonore à un niveau de langue moindre, une vitesse d’élocution dans l’enregistrement de plus en plus lente, un contenu de moins en moins riche. Alors que les consignes officielles interdisaient auparavant de préparer en cours d’année une thématique proche de celle du document sonore, maintenant elles le recommandent, par exemple en espagnol.

La logique des paliers

L’évaluation se fait grâce à une grille de notation qui détermine 5 « paliers » de compréhension. [http://cache.media.education.gouv.fr/file/4/07/7/fiches_d_evaluation_et_notation_295077.pdf]

L’enseignant n’est pas libre de la note qu’il met. La logique du palier n’est pas scandaleuse en soi mais pose des problèmes.

Prenons l’exemple d’un monologue en LV2 où il n’y a que 5 notes possibles sur 20 : 00 ou 04 ou 08 ou 14 ou 20. Pour avoir le bac, il faut toujours obtenir une somme déterminée correspondant aux notes des épreuves disciplinaires multipliées par le coefficient. Le jeu est biaisé entre la logique par palier en langue vivante et la logique d’accumulation de points pour l’ensemble du diplôme.

En outre, il n’y a pas de nuances dans l’évaluation de la copie. La logique du palier est une logique binaire : «  tu as ou tu n’as pas le palier. »

Dans les faits, les écarts entre les notes possibles poussent les enseignant.es à surnoter les copies.

Le système D ne peut être un critère national

Pour chaque palier, une indication est donnée aux enseignants pour les « aider » à évaluer la copie.

Palier 1 : « Certaines informations ont été comprises mais le relevé est incomplet, conduisant à une compréhension encore lacunaire ou partielle »

Palier 2 : « Le candidat est parvenu à relever des mots isolés, des expressions courantes, et à les mettre en relation pour construire une amorce de compréhension du document. Le candidat a compris seulement les phrases/les idées les plus simples »

Ces caractéristiques ne sont pas opérantes car trop proches et bien vagues : « certaines informations » cela signifie 2, ou 5, ou plus ? « Les idées les plus simples » : qu’est-ce qu’une idée simple ? A partir de quand une idée ne l’est-elle plus ? Quelle différence entre « une compréhension partielle » et « a compris seulement les idées les plus simples ». Réponse : 6 points au Bac !

Juge et partie

Il y a enfin un dernier gros problème. Les circulaires officielles enjoignent l’enseignant.e de corriger ses propres élèves. Quelle objectivité de notation quand il n’y a aucun anonymat ? Le ou la professeur.e peut craindre de défavoriser ou favoriser un élève ; subir des pressions explicites ou implicites. Un mécanisme vient tempérer cela : les quatre notes obtenues par le ou la candidat.e (à l’oral et à l’écrit) sont transformées en une moyenne sur 20 qui sera la seule note qui apparaîtra sur le relevé du bac. Cela tempère mais ne protège pas enseignant.es et élèves d’une notation plus attachée à l’élève qu’à sa copie, à ce qu’il ou elle est ou a été, plus qu’à ce qu’elle ou il a fait. Cela introduit une part de subjectivité plus importante que dans le cas des copies anonymées.

Toutefois, il va sans dire qu’il ne s’agit pas ici de critiquer l’importance d’une évaluation orale, de remettre en cause le caractère essentiel de la compréhension et de l’expression orales, de jeter aux orties les années de préparation au bac antérieures à la Terminale.

Il y a fort à parier que l’absence d’anonymat et la logique par palier ne soit pas une erreur ou une bavure mais bien l’essentiel des épreuves du bac. Exit l’idée d’un « niveau » en langue vivante certifié par l’examen. Nous assistons à l’érosion de la valeur du baccalauréat.