Le décret et l’arrêté du 27 juillet 2021, complétés par la note de service du 28 juillet, modifient les textes sur le baccalauréat publiés depuis l’été 2018. À partir de la session 2022, le baccalauréat prend maintenant appui sur le contrôle continu à hauteur de 40 %. Les évaluations communes sont donc supprimées. Les moyennes annuelles des matières non évaluées en épreuves nationales sont pondérées par des coefficients et constituent ainsi la note de bac, des mesures transitoires s’appliquant spécifiquement à la session 2022.

Les Bulletins officiels des 29 juillet et du 26 août publient par ailleurs de multiples notes de services sur les adaptations des programmes limitatifs des spécialités pour les épreuves de Terminale, sur des aménagements du Grand oral, et sur les épreuves ponctuelles en remplacement du contrôle continu (pour le hors contrat et les élèves sous statut scolaire qui n’auraient pas de notes).

Mesures transitoires session 2022, coefficients de contrôle continu

Voie générale Voie technologique
Première 2020-21 Terminale 2021-22 Total cycle session 2022 Première 2020-21 Terminale 2021-22 Total cycle session 2022
Enseignement de spécialité de 1re 5 5 5 5
Histoire-géographie 3,33 3 6,33 3,33 3 6,33
Langue vivante A 3,33 3 6,33 3,33 3 6,33
Langue vivante B 3,33 3 6,33 3,33 3 6,33
Enseignement scientifique (voie générale) ou mathématiques (voie technologique) 2,5 2,5 5 3,33 1,66 5
Éducation physique et sportive 5 5 5 5
Enseignement moral et civique 1 1 1 1
Notes de bulletins tous enseignements (5 %) 5 5 5 5
Total 22,5 17,5 40 23,3 16,7 40

 

Evaluation permanente

Tout peut donc compter désormais pour un contrôle continu. L’enseignement moral et civique doit être obligatoirement noté et vaut coefficient 2. Les options voient leurs moyennes annuelles intégralement prises en compte, chaque année valant un coefficient 2, le principe du bonus pour les Langues et cultures de l’Antiquité (LCA) étant abandonné. Pour les candidats ne disposant pas de moyenne annuelle, une évaluation ponctuelle devra être organisée dans l’établissement pour l’enseignement correspondant. Hors les notes, il n’y a donc point de salut. Rien ne semble devoir échapper à la folie de l’évaluation permanente.langues vivante

Evaluations multiples en Langues vivantes

L’arrêté du 3 novembre 2020  crée la délivrance d’une attestation  à la fin du cycle terminal indiquant le niveau en LVA et LVB pour chacune des activités langagières au regard du cadre européen commun de référence (CECRL). Pour ce faire, il faudra organiser une évaluation spécifique, éventuellement à partir des sujets mis à disposition dans la banque nationale numérique.

La généralisation du contrôle continu  implique aussi des aménagements dans la prise en compte des autres évaluations spécifiques. Pour ce qui concerne l’enseignement technologique en langue vivante (ETLV), la moyenne annuelle est intégrée à celle de la langue vivante concernée.  Pour les disciplines non linguistiques (DNL)  et les sections européennes et orientales (SELO), la note globale composée à 80% par une interrogation orale de langue et à 20% par du contrôle continu, est intégrée sans pondération à la moyenne de la langue vivante correspondante. Tous les détails de cette évaluation spécifique sont précisés dans la note de service du 28 juillet 2021 concernant les SELO, DNL, sections binationales et internationales.

De façon plus surprenante, on découvre dans un autre texte au détour de la note service du 29 juillet publiée au BO du 26 août une modalité nouvelle de prise en compte de la note de DNL pour le bac: « lorsque l’un des enseignements dont la moyenne annuelle est prise en compte pour le baccalauréat (histoire-géographie, enseignement scientifique en voie générale, mathématiques en voie technologique) est suivi en discipline non linguistique, la moyenne de DNL correspondante est prise en compte pour l’examen, en lieu et place de l’enseignement, avec le coefficient prévu par la réglementation pour cet enseignement. » Cela pose énormément question en terme d’organisation de l’enseignement et de l’évaluation. Est-ce à dire que tous les élèves de la classe seront en DNL ou bien que certains auront des évaluations qui ne pourront compter ? Que l’enseignement commun d’HG, de maths, ou d’enseignement scientifique ne comptera pas du tout? Il est aussi confirmé que la DNL ne peut concerner que des enseignements obligatoires, ce qui élimine toute possibilité de DNL en maths dans la voie générale par exemple.

Le projet d’évaluation, un outil de management

Chacun a pu mesurer, cette année encore, combien le contrôle continu abîmait le lien pédagogique entre des élèves, dont le travail est perpétuellement évalué, et des enseignants devenus juges et parties. Comment alors ne pas s’inquiéter des pressions sur les résultats puisque toute note peut être considérée comme décisive par les élèves, leur famille et l’administration ?

Comment compenser  la disparition de l’horizon commun que constituaient des épreuves nationales du bac ? Confiance et projet d’évaluation, répond le ministère qui s’est empressé d’intégrer en Conseil supérieur de l’Education une proposition du SE-UNSA. Il faudrait « faire confiance aux équipes » pour assurer la « robustesse » de la note de contrôle continu. Cette rhétorique de la confiance masque en fait un management où chacun serait « libre d’obéir ». La démarche s’inscrit pleinement dans une « dynamique » dans laquelle l’enseignant est appelé à formaliser les différents types d’évaluation, à en préciser les modalités et à penser leur conception dans la perspective de l’orientation et des exigences de l’enseignement supérieur, le tout sous le regard des pairs et de la hiérarchie. Ce projet d’évaluation locale a donc tout du carcan, mais aussi de l’usine à gaz ! « L’organisation du contrôle continu fait l’objet d’un projet d’évaluation travaillé en conseil d’enseignement, validé en conseil pédagogique et présenté en conseil d’administration » (arrêté du 27 juillet 2021). La note de service qui en complète l’application précise que chaque établissement doit conduire une réflexion pour définir ce projet lors de deux demi-journées banalisées.

Une réforme dans la réforme

Les épreuves nationales ne concernent que le français, la philosophie, les deux spécialités de Terminale et le Grand oral, pour les 60 % restants. Le a distinction entre les enseignements évalués localement et les autres, dégrade le diplôme du bac qui se voit de plus en plus réduit à une juxtaposition de certifications décisives pour l’orientation. Le maintien coûte que coûte des épreuves de spécialité en mars de l’année de Terminale est d’ailleurs emblématique du rôle déterminant que revêtent ces enseignements dans Parcoursup. Sans jamais avoir été mis en œuvre dans sa version originelle, le bac Blanquer rejoint donc maintenant le programme du candidat Macron et les propositions du rapport Mathiot.

Au-delà des contraintes sanitaires, la mise en œuvre chaotique du nouveau bac a contribué à la désorganisation et à la démonétisation de l’examen. Ces dernières modifications ne répondent en rien aux problèmes créés par la réforme du bac. Pire, elles les accentuent. Le calendrier des examens continue de miner l’année de Terminale avec des épreuves de spécialité bien trop précoces, le très contestable Grand oral reste en l’état, malgré des modalités revues à la marge et le contrôle continu érige l’inégalité de traitement en principe.

Comme le ministère multiplie les précautions de langage pour nuancer la dimension prescriptive du projet d’évaluation, il convient d’en profiter pour faire respecter le principe de liberté pédagogique. Les guides et autres vademecum n’ont aucune portée réglementaire. Seuls s’imposent l’obligation d’évaluer et le cadre des programmes. Pour tout ce qui relève d’une évaluation des apprentissages au quotidien, les enseignants restent et doivent rester maîtres.

Le SNES-FSU continue de revendiquer l’abandon du contrôle continu et le retour à des épreuves terminales, nationales et anonymes.

 

print