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Sep 11

Quel avenir pour l’allemand dans l’académie ?

Le 30 mais 2016, l’Association pour le Développement de l’Enseignement de l’Allemand en France (ADEAF) était reçue par la rectrice pour faire le point sur l’enseignement de l’allemand en collège suite à la mise en place de la réforme. L’entretien ne laisse pas beaucoup d’espoir quant à la politique rectorale en la matière. En voici un compte-rendu.

 

Etaient présents : 

  • ADEAF : Olivier Blanchard, Elvire Koré, Alexandra Latorse, Laurence Chabosseau, Julie Benketira
  • Mme la rectrice : Anne Bisagni-Faure et son chef de cabinet Mathieu Blugeon
  • IPR responsable de la carte des langues : Sylvie Luyer-Tanet
  • IPR d’allemand : Olivier Bord
  • Responsable DAREIC : Anne-Marie Vrigneau

 

1) Olivier Blanchard présente les chiffres qui témoignent des pertes d’heures en allemand dans notre académie et qui justifient notre demande d’audience. La question porte sur le différentiel persistant entre les annonces ministérielles du 22 janvier et les travaux académiques (19 janvier) sur la carte des langues (environ 70% de bilangues en moins), chiffres sur lesquels il n’y a eu aucune clarification depuis le 22 janvier.

La rectrice se pose en représentante de la Ministre de l’éducation en nous rappelant « l’effort exceptionnel consenti dans le cadre de la réforme pour les langues en général et l’allemand en particulier ». Elle réitère le discours institutionnel: « La réforme vient renforcer l’enseignement de l’allemand. ». Nous nous employons à lui montrer comment les services des enseignants sont mis à mal.

2) Olivier Blanchard demande des explications concernant l’écart constaté sur la carte des langues diffusée par le ministère et celle de l’académie (46 bi-langues annoncées sur l’une, 25 comptabilisées sur l’autre.)

Mme Luyet-Tanet finit par expliquer  que c’est « une erreur de traitement informatique due à une mauvaise interprétation des informations qui sont remontées des établissements». Cette « erreur » est enfin reconnue, 4 mois après le coup de communication.

3) Nous témoignons des difficultés rencontrées sur le terrain dues à la perte d’heures en allemand et à la suppression des classes bi-langues et nous demandons si certaines pourront être rouvertes.

Nous rappelons que les professeurs d’allemand sont des précurseurs en matière d’interdisciplinarité. Elvire Koré souligne combien la suppression des classes bi-langues, qui étaient pourtant facteur d’interdisciplinarité et de synergie, va à l’encontre de l’esprit de la réforme du collège.

4) S’ensuit une discussion sur les objectifs de la réforme : «Une attention portée aux publics fragiles » est censée justifier le maintien des bi-langues essentiellement en REP. Olivier Blanchard évoque des choix parfois lourds de conséquences (Soyaux où le choix unilatéral ZEP gâche le collège voisin  dynamique ; Thouars, collège ZEP où il n’y a pas de création parce que la collègue part en retraite ; La Rochelle où privé et public ne sont pas traités de manière interdépendante…). On nous assure que ces différents cas ont été comme promis réétudiés suite à la commission de décembre mais qu’il n’y avait pas de quoi réviser la décision.

Nous abordons la question du complément de service dans le primaire qui permettrait d’alimenter les bi-langues de continuité. Il ne sera possible que pour les écoles situées dans le secteur d’un collège où la bi-langue a été maintenue (il en reste très peu dans notre académie). Les autres possibilités restent officiellement ouvertes (assistants notamment) mais nous percevons à quel point elles demeureraient marginales.

Nous comprenons qu’il n’y aura pas de réouverture de bi-langue déjà fermée et que l’intervention en primaire ne pourra constituer un complément que dans des cas exceptionnels.

5) Nous réclamons une garantie d’offre diversifiée de LV2 sur l’ensemble des collèges et demandons à ce que la suppression des LV2 allemand cesse. Mais on nous répond que l’on ne pourra pas maintenir d’offre en allemand si les effectifs ne sont pas suffisants.

Depuis le début du travail sur la carte des langues, on nous a annoncé que celle-ci pourrait évoluer. Les possibilités pour des créations semblent très hypothétiques : on ne voit pas comment engendrer une continuité en partant de rien en primaire, la notion de continuité dans notre académie ayant toujours été comprise dans son sens restreint, en démarrant en primaire. En revanche, la possibilité de suppression en cas d’effectif insuffisant est déjà à l’ordre du jour.

6) Le débat se focalise alors sur la question de l’attractivité de l’allemand. La rectrice : « Que pouvez-vous faire concrètement pour renforcer l’attractivité de l’allemand ? »

Nous lui signalons que les enseignants font déjà ce travail et qu’il fonctionne très bien là notamment où les collègues ont un poste stable, avec augmentation des effectifs, échanges dynamiques en lien avec la société civile… Mais nous expliquons que les professeurs d’allemand peuvent difficilement sensibiliser les élèves et leurs parents ainsi qu’inscrire les projets dans la continuité s’ils sont contraints d’enseigner sur plusieurs établissements.

De même, l’autonomie des établissements ouvre parfois la porte à des décisions arbitraires (regroupements, suppressions) pour raisons non pédagogiques. Pour la première fois, ce discours n’est pas contesté. Mais on ne nous propose pas de réel correctif.

Nous demandons donc à ce que les professeurs d’allemand ne soient pas nommés sur plus de 2 établissements (conformément aux engagements de la ministre). La rectrice reste très prudente mais dit qu’elle a entendu cette préoccupation et veillera à en tenir compte. Nous repartirons sans aucun engagement concret.

7) On nous répètera plusieurs fois que la « réforme ne dessert pas l’allemand » et on nous explique qu’il faudra travailler sur le 1er degré pour alimenter les effectifs en allemand. La rectrice s’interroge sur les préconisations de Mme Kott à ce sujet : « Qui pourra enseigner dans le 1er degré ? » On comprend que ce ne sera pas majoritairement des professeurs du 2nd degré. Il est question d’assistant, de formation des enseignants du 1er degré. La rectrice demande un recensement de ces enseignants (nous l’avions déjà demandé en décembre). Nous redemandons qu’ils nous soient communiqués pour être associés à l’information des collègues. Mais cet enseignement sera selon toute vraisemblance restreint aux zones où il y a déjà des bi-langues de continuité.

8) Au terme de l’entrevue d’1h avec la rectrice, Olivier Blanchard réclame au nom de l’ADEAF un message fort de la part de l’académie pour l’enseignement de l’allemand, à destination des parents mais aussi des décideurs locaux et de secteurs (chefs d’établissement, I.E.N….).

Monsieur Bord s’engage à être attentif aux situations mais la rectrice ne nous apporte ni réponse précise ni proposition concrète.

Après le départ de Mme la rectrice, le débat se poursuit avec les autres interlocuteurs :

Mme Vrigneau souligne l’importance de monter des projets qui vont au-delà de la rencontre linguistique car la tendance en Europe est à la suppression de l’apprentissage obligatoire des langues (en Angleterre, en Espagne) et il sera de plus en plus difficile de trouver des établissements jumelés. Doit-on en conclure que cette évolution des échanges internationaux nous guette également et que l’allemand risque de devenir facultatif ? Une interpellation lâchée par Mme Vrigneau laisse songeur : « On ne va quand même pas forcer les élèves à choisir l’allemand ! ».

Monsieur Bord met l’accent sur la nécessité de trouver notre place au sein des EPI et de l’AP. Nous répétons qu’il sera difficile, voire impossible de s’investir réellement dans ces dispositifs si nous sommes sur plusieurs établissements et que nos classes d’allemand sont composés d’élèves qui proviennent de classes différentes : lourdeur des barrettes et difficulté de coordination entre établissements seront au quotidien.

Mme Luyet-Tanet nous confirme que la carte des langues n’évoluera pas pour cette année. Cela avait pourtant été réaffirmé plusieurs fois par le précédent recteur.

Nous demandons quelle réponse ou signe fort l’institution pourrait apporter aux enseignants d’allemand qui se posent la question du sens de leur mission et n’ont plus envie d’assumer le rôle de missionnaires isolés au service de l’image de l’allemand. Nous étions venus parler de l’enseignement de l’allemand, on nous a parlé de son attractivité. On nous demande d’endosser seuls un rôle qui ne relève pas de notre seule fonction. Nous n’aurons qu’un sourire gêné en guise de réponse…

Nous quittons cette entrevue cependant plutôt abattus. Dans l’immédiat, ous ne pouvons noter aucune avancée notable sur un pilotage académique pour éviter les fermetures de LV2 et autres regroupements. La reconnaissance de nos métiers et la nécessité d’entretenir la dynamique au moins pendant les deux années à venir ne sont pas à l’ordre du jour.

Au chapitre des points positifs, la rectrice souhaite nous revoir prochainement ; le dialogue est donc renoué.

 

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