Hormis peut-être au niveau des chefs d’établissement qui, pour certains, osent avouer leur état de fatigue, la même rengaine s’entend à tous les niveaux de décision: la réforme est formidable en ce qu’elle ouvre un espace de liberté aux élèves et le bac est simplifié en même temps que remusclé ! La méthode Coué en somme, qui pourrait devenir « violence institutionnelle » à l’encontre des enseignants, en première ligne de cette réforme.

La réalité en effet est bien plus nuancée ! Les données sur le choix des spécialités montrent que les inégalités perdurent dans ce système et même qu’elles auraient une fâcheuse tendance à se renforcer : voir l’article : tout change pour que rien ne change ?

La réalité, c’est aussi la pulvérisation du groupe classe que chacun a pu constater, dont les élèves souffrent (comme des programmes d’ailleurs) et qui condamne les établissements à rivaliser d’imagination pour réunir les conseils de classe de ces prochains jours : quand certains sont passés à la semestrialisation, d’autres se préparent à accueillir jusqu’à 40 enseignants par conseil ; la majorité admet que l’on fera avec…avec très peu d’enseignants finalement ! Parce que sur ce point aussi, l’impréparation du ministère est à son comble. Un scandale !

Voir l’article : lycée à la carte, bombe à fragmentation

Dans la bouche du ministre…

A quelques semaines des premières épreuves d’E3C, tout est prêt selon lui! Il est vrai que, vue d’en haut, cette usine à gaz peut paraître simplifiée (elle permettra surtout de « simplifier » l’emploi public en organisant la purge des divisions d’examen dans les rectorat) quand, en réalité, elle donne lieu à autant de modalités d’organisation que d’établissements et fait peser sur le local- et les équipes en particulier- la menace de recours en pagaille!

Voir article « Non au bac à la découpe »

Quant à la banque de sujets, c’est l’Arlésienne ! Elle ne sera finalement accessible aux enseignants que le 9 décembre prochain ! Voir communiqué de presse du Snes-Fsu ici

Des tas de textes sont attendus et non des moindres : sur le grand oral, sur la gestion des fraudes (viendraient-ils seulement de découvrir que le risque de fraude est accru??)…

Comité de suivi de la réforme académique n°2 : quelques voix discordantes dans un concert de satisfecit !

Ce comité de pilotage a eu lieu vendredi 22 novembre.

Si les bancs étaient bien remplis, le rythme qui lui a été impulsé ne laissait que peu de place au questionnement, moins encore à la contestation.

Parce que du côté de l’inspection, de l’administration et de bon nombre de chefs d’établissement, le ton était à l’autosatisfaction :

  • au sujet de la réforme de la voie professionnelle qui ne connaitrait plus guère que quelques points de crispation, autour du chef d’oeuvre en particulier…
  • au sujet de l’orientation dont la rectrice a décidé de faire un sujet de priorité mais en se passant quasiment des personnels formés à cela, les PsyEN, puisqu’ a été constitué un vivier de formateurs enseignants qui arpenteront prochainement notre beau territoire pour, en binômes avec des directeurs de CIO ou des inspecteurs, revivifier les actions d’orientation dans chaque établissement, lycées d’abord. On a hâte de voir (en fait, non!)… « Beau projet » que celui qui autorise et encourage n’importe qui à parler à la place des vrais experts !Le risque est présent de mise en place de certifications qui demain justifieront la fin du recrutement des PsyEN. En attendant cette officialisation, la course est ouverte aux «badges ».  En l’absence de formation et de recrutement spécifique, les « missions » de ce « vivier » pourraient éventuellement relever des « open badges », nous a répondu Mme Bétermin : comprenne qui pourra !
  • Autosatisfaction encore autour de l’organisation des E3C si on en croit la doyenne des IPR qui vante l’encadrement dont les enseignants de Poitiers ont bénéficié en matière de formation, l’attention portée aux équipes par les IPR des disciplines… On veut bien entendre que les enseignants de langues seront particulièrement sollicités cette année en matière d’examen, mais ( parole de chef d’établissement), il suffit de faire dans la «solennité raisonnable»… On voit bien où l’on va!

Aucun mot sur les conseils de classe à venir dans le contexte que l’on connait: silence assourdissant qui en dit long..

Quelques réponses aux questions que nous avons posées:

  • ce sont les chefs d’établissement qui convoqueront les enseignants pour les corrections ( sauf pour les langues/épreuves à faible diffusion où il n’y a qu’un enseignant par établissement)
  • la question de la rémunération est en débat actuellement
  • de même, la question de savoir si un enseignant qui n’a pas assuré l’enseignement de spécialité peut tout de même être appelé à corriger (non statuée à ce jour)
  • la mise en place des options facultatives de Terminale (droit et grands enjeux du monde contemporain, math expertes/complémentaires) devrait se faire sans moyen supplémentaire!

A cet égard, les chefs d’établissements seront réunis par département entre le 4 et le 12 décembre au sujet de la structure et de leur DHG. Il nous faudra les solliciter au plus vite pour connaître les contours d’une rentrée 2020 qui s’annonce cruelle, avec des suppressions orchestrées au budget national, pour le second degré surtout.

Que dire de plus de cette instance? Si nous n’avions pas le souci de porter la parole et les questionnements des équipes, il a bien longtemps que nous aurions quitté cette instance. Représentants des personnels, parents d’élèves aussi, nous portons la contradiction en espérant que cet hymne à la gloire de la réforme Blanquer finisse par faire couac!

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