Refusé par la profession en 2021, le projet local d’évaluation est ressuscité par la ministre Borne in extremis. Cela constitue une attaque frontale contre le métier enseignant. Le SNES FSU continuera de combattre toute forme de caporalisation des pratiques pédagogiques. Il appelle les personnels à ne rien se laisser imposer.
Le projet d’évaluation, c’est NON.

La stratégie du mépris et du fait accompli
Alors que le ministère avait promis de rencontrer les organisations syndicales sur la question des examens début septembre, il passe outre les audiences pour s’inscrire dans la ligne du ministère Blanquer avec une obsession, celle de mettre au pas la profession . Cela nourrit aussi le bruit de fond, entretenu par la ministre elle-même cet été, d’enseignant·es défaillant·es ou trop laxistes , incapables de noter correctement et qui porteraient la responsabilité d’une supposée dévalorisation du diplôme.
L’arrêté du 27 juillet 2021 sur les modalités du bac restreint le projet d’évaluation au contrôle continu qui compte pour 40% dans la note de bac (articles 1 et 2 de l’arrêté). Aujourd’hui, le ministère s’est contenté d’abroger la note de service de juillet 2021, laissant l’arrêté en l’état. Le ministère étend donc, sans aucun appui réglementaire, leprojet d’évaluation à toutes les évaluations du cycle terminal, voire au-delà, au mépris du respect de la hiérarchie des normes juridiques. Il nous promet dans la foulée un vademecum actualisé.
L’extension du domaine du Projet local d’évaluation
“Il convient dès lors d’indiquer dans le projet d’évaluation les modalités de prise en compte de ces différentes évaluations, leurs critères, les compétences en jeu, selon les spécificités disciplinaires, en distinguant :
les temps d’évaluation diagnostique mis en place en début de processus par exemple (début d’année scolaire, début de séquence), pour repérer les compétences des élèves, afin de différencier les parcours d’apprentissage ;
les principes qui prévalent à l’évaluation formative, laquelle permet à l’élève de voir où se situent ses acquis par rapport aux exigences et attendus des programmes, de progresser grâce à des retours fréquents, explicites et constructifs ;
le cadre de l’évaluation sommative, notamment celui des évaluations périodiques (évaluations de fin de trimestre ou de fin de semestre, par exemple) qui scandent la scolarité au lycée pour attester des acquis de chacun. Le projet d’évaluation indique la fréquence et le calendrier de ces évaluations dans chaque discipline, afin de permettre aux élèves de mieux se projeter et d’anticiper leur charge de travail. Cela permet aussi aux équipes pédagogiques d’harmoniser le calendrier des évaluations. Ces évaluations périodiques peuvent correspondre à des temps d’évaluation organisés à l’échelle de l’établissement (devoirs communs, « bacs blancs », oraux, etc.), portant sur des portions importantes des programmes du cycle terminal. “Note de service sur le projet d’évaluation 28 août 2025
Toute évaluation devient ici norme administrative. Pas de place pour la pédagogie. l’art si délicat de l’évaluation se fond dans les tableaux de chiffres. Tout doit être comparable, le tout arrimé à des indicateurs de performance et aux contrats d’objectifs.
Le projet d’évaluation est finalement une “marque établissement” dans un grand marché où candidat·es à l’enseignement supérieur, lycées et formations entrent dans une concurrence d’autant plus rude qu’il n’y a pas de places pour tout le monde. Une véritable stratégie de branding pour “pousser” son lycée dans Parcoursup. Rappelons que le ministère a toujours refusé d’anonymiser le lycée d’origine malgré les demandes des organisations syndicales, de parents et de jeunesse, appuyées par plusieurs rapports de la Défenseure des droits.
Dans cette logique marchande, il faut donc pouvoir justifier des produits, en l’occurence, dans le cas présent, des élèves… Pour ce faire, le ministère a la riche idée d’institutionnaliser le double bulletin: celui pour le bac et celui pour Parcoursup.
Le comble du cynisme consiste quand même à faire passer cette mesure comme le moyen d’abaisser le niveau de stress des jeunes. De qui se moque-t-on ? Il s’agit au contraire de perfectionner la sélection vers l’enseignement supérieur.
La fabrication bureaucratique de la note
Sous le prétexte de l’égalité de traitement, le ministère multiplie les injonctions de ce qui relèverait de “bonnes pratiques”. Plus de place pour l’expertise enseignante dans ce fatras de préconisations où les notes qui comptent pour Parcoursup ne compteraient pas forcément pour le bac , et vice versa . Le summum de l’absurde réside peut-être dans le presque éloge du coefficient 0 pour ce qui relèverait du “diagnostic” ou du “formatif”… Sous nos yeux ébahis s’étale une complexité bureaucratique dont l’inanité masque difficilement le coeur du problème: la catastrophe industrielle de la réforme du lycée et du bac de 2019.
“Afin de garantir des moyennes périodique et annuelle représentatives du niveau de l’élève, le projet d’évaluation précise la pondération (coefficients) des différents types d’évaluation. En effet, toutes les évaluations réalisées en classe n’ont pas le même coefficient :
les évaluations à coefficient zéro qui ne sont pas comptabilisées dans la moyenne périodique telles que les évaluations diagnostiques ou certaines évaluations formatives ;
les évaluations à coefficient intermédiaire formatives ou sommatives qui concernent des paliers d’acquisition des apprentissages ;
les évaluations à fort coefficient que sont les évaluations sommatives périodiques (évaluations de fin de trimestre ou de fin de semestre, par exemple).
Les travaux réalisés hors de la classe relèvent des évaluations à coefficient zéro ou à coefficient intermédiaire. Il revient à l’équipe pédagogique d’en fixer le cadre et les modalités.
Le poids de l’ensemble des évaluations à coefficient intermédiaire dans la moyenne de l’élève ne doit pas excéder le poids des évaluations sommatives périodiques.
Le projet d’évaluation précise par ailleurs que toutes les notes, y compris celles coefficientées zéro, figurent sur le relevé de notes périodique de l’élève communiqué avec le bulletin scolaire.
Le projet d’évaluation indique le nombre d’évaluations sommatives nécessaire à la constitution d’une moyenne représentative, notamment le nombre d’évaluations périodiques et leurs coefficients, fixé en accord avec les préconisations de l’inspection. Ces dernières doivent contribuer principalement aux notes du contrôle continu de chacune des disciplines, utilisées pour calculer les moyennes annuelles du baccalauréat. “Note de service sur le projet d’évaluation du 28 août 2025
Faire respecter le métier enseignant : une urgence et une nécessité
Il y a quatre ans, l’administration avait plié devant les mobilisations et les revendications de la profession. Le PLE était passé aux oubliettes. Quand de telles décisions empêchent littéralement les enseignant·es d’exercer leur métier, il est urgent de retrouver la raison et d’abandonner cette mauvaise idée. Le SNES FSU fournira les outils nécessaires à l’organisation de la lutte contre le projet d’établissement.
Plutôt que de vouloir rafistoler les catastrophiques réformes du bac et du lycée à coup de mesures autoritaires et hors-sol, il devient vital de renoncer au contrôle continu et à la sélection généralisée pour l’accès à l’enseignement supérieur. La “valeur” du baccalauréat réside précisément dans ses dimensions de diplôme national et de premier grade universitaire, certainement pas dans la tambouille locale d’une fabrication administrative des notes.