La période que nous vivons est inédite. Le confinement nous a profondément bousculés dans nos calendriers, nos habitudes. Il nous contraint à réinventer notre métier chaque jour tout en sachant que le cœur du métier n’est pas dans cette transmission assez verticale, distanciée, médiée par des outils dont la fiabilité reste à prouver.

Un engagement sans faille !

Alors « la nature ayant horreur du vide » , dans la conscience professionnelle qui nous caractérise, nous avons d’abord pris des nouvelles de nos élèves, cherché à multiplier les occasions de transmettre, multiplié les solutions, outils… Nous avons lu, jusqu’au vertige, l’avalanche de mails par lesquels chacun y allait de sa proposition, parfois de ses injonctions contradictoires ..

Tout ce que la porte-parole du gouvernement, dans son arrogance méprisante, n’a pas dû voir ! L’engagement du corps enseignant et de tous les personnels de l’Education nationale a été tel qu’il nous vaut aujourd’hui les remerciements appuyés de Blanquer, de la Rectrice, des Dasen..! Une chose est certaine : notre société tient actuellement par le service public : le personnel soignant d’abord bien sûr, le corps enseignant, les agents de la Fonction Publique en général, quand le pouvoir vacille.

Pourtant, il faut raison garder…

Il nous faut être vigilant sur la charge de travail à laquelle nous soumettons nos élèves. Non seulement l’accès aux outils, à des conditions d’apprentissage est profondément inégalitaire, mais les élèves, comme nous, mettront davantage de temps à composer ce que nous exigeons d’eux. Ils peuvent, comme nous, être confrontés à des inquiétudes bien légitimes.

Nous mêmes devons nous préserver. Le travail sur écran est épuisant. Ménageons nous ! Ne succombons pas aux sirènes du tout numérique qui voudraient nous faire croire que la recette est du côté des outils quand il faut, plus que jamais, penser le sens de ce que nous faisons et des modalités, rythmes de transmission. Restons les acteurs de notre métier, de notre enseignement ! Et n’ayons aucune répugnance à être dans la continuité des pratiques « classiques » qui sont les nôtres ! Pourquoi rajouter cette pression, qui n’est pas innocente, aux difficultés réelles auxquelles nous sommes déjà confrontés ?

La vigilance s’impose aussi quant à l’ utilisation des outils numériques : le RGPD, loi qui s’impose à nous et qui est très contraignante concernant la protection des données personnelles numériques, continue de s’imposer à chacun. Ainsi, il est vivement déconseillé de collecter et d’utiliser des adresses personnelles sans autorisation explicite des responsables légaux de l’élève. La plus grande prudence s’impose vis-à-vis des adresses numériques hors ENT.

Collègues victimes « d’intrusions » durant leur classe virtuelle, victimes parfois d’incivilités, collègues interpellés par des parents pointilleux sur les réglementations numériques : vous avez été nombreux à nous saisir de ces difficultés. Nous ne pouvons que vous inviter à la prudence. Des articles récents ont bien montré l’offensive douteuse d’un véritable «capitalisme numérique», ont montré aussi l’absence totale de scrupules de certaines plateformes numériques. Notre administration a d’ailleurs procédé à une mise en garde sur l’intranet.

Quant à cette injonction à appeler les élèves pour éviter tout décrochage, elle peut tout d’abord être vécue comme invasive par les familles ; elle pourrait aussi leur donner en retour l’idée que nous sommes joignables 24/24. Les retours d’expérience le montrent déjà ! Et le numéro masqué s’impose,  de même que la précaution suppose de passer l’appel au responsable légal de l’élève qui rencontre de vraies difficultés. Après tout, enseigner c’est faire le pari de la confiance, le pari de l’autonomie ! Et certains élèves-les plus grands bien sûr- nous en ont déjà donné de belles preuves pour certains.

L’urgence est sanitaire. En matière de pédagogie, la patience, le recul, la réflexivité sont des vertus. Alors prenons le temps ! Ne succombons pas à la culpabilité. Par delà sa dimension tragique, cette crise nous rappelle à l’humilité, la simplicité, à notre vulnérabilité aussi.

Vacances apprenantes ?

Très prochainement, viendront les vacances pour notre académie. Un repos s’impose à tous, enseignants, PsyEn, personnels d’éducation, personnels des services sociaux comme aux élèves. On commence à mesurer les dégâts psychologiques que le confinement, la peur légitime de la maladie, parfois aussi la souffrance du deuil auront. Invoquées pour justifier les protocoles « devoirs faits » ou autre activité pédagogique de vacances, les inégalités existaient avant le confinement. Ne perdons pas de vue que ce sont des années d’austérité budgétaire qui nous ont condamnés à l’impuissance face à la difficulté sociale et scolaire. Le confinement aura sans doute accentué ces inégalités. Il les aura surtout fait jaillir aux yeux des décideurs. Mais ce ne sont pas quelques heures distillées ici ou là qui règleront cette épineuse question. La pédagogie est affaire de temps long, de patience !

Le Snes-Fsu vous souhaite donc des vacances confinées et reposantes.

La déconnection n’est plus seulement un droit ; c’est un devoir à la veille des vacances.

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